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Author: Jean-Claude Muller, 穆卓Executive Editor at BtoBioInnovation  jcm9144@gmail.com

 

 

 

 

 

 

SPECIAL REPORT #22.12

 

La Chine en 2022

 

 

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine un nombre croissant d’analogies avec les tensions géopolitiques entre la République Populaire de Chine (RPC) et Taiwan ont été mises en exergue.

Les médias occidentaux l’évoquent quasiment quotidiennement, cependant l’analogie me semble inexacte et mérite d’être analysée avec de nombreux éléments connus et reconnus.

J’ai eu l’occasion de me rendre très fréquemment en Chine pour les affaires de Sanofi à partir de 2006 et d’interagir et de négocier avec des hommes d’affaires chinois jusqu’en 2018. En 2011, lors d’une visite au sein d’une délégation officielle dirigée par Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier Ministre, j’ai pu renconter deux ministres plénipotentaires qui nous ont présenté la vision stratégique de la République Populaire Chinoise.

 

Cette vision consistait en deux grands projets :

 

  1. Devenir la première puissance économique mondiale
  2. Après Hong Kong en 1997, la RPC allait réintégrer Taiwan au sein de la Chine actuelle.

 

Depuis les années 1990 et sous la direction de la RPC par Deng XiaoPing, la Chine a décidé de gérer ses problèmes socio-économiques avant d’envisager des réformes politiques du système communiste mis en place par Mao Zedong. « Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris » disait-il. Deng XiaoPing était obnubilé à ne pas faire l’erreur de l’URSS de Gorbatech dont l’économie étatisée était à bout de souffle et avait mené au démantèlement de l’Union Soviétique en décembre 1991. Pour parvenir au premier objectif la Chine a lancé un vaste programme de formation de son peuple : 2 millions d’ingénieurs par an, 300 000 étudiants qui vont se former à l’étranger chaque année, plus d’un million de hauts fonctionnaires embauchés par l’Etat et les Régions tous les ans. Comme le disait alors le ministre du Commerce Extérieur : « Après avoir été l’usine du monde, nous allons devenir le laboratoire du monde ».  Lors de son élection à la Présidence de la RPC en 2012, Xi Jinping a annoncé que ces deux objectifs devaient être atteints au plus tard en 2049, pour commémorer le premier centenaire de la RPC. Le développement économique extrêmement rapide de la Chine entre les annés 1989 et 2017 a néanmoins été fortement ralenti depuis par tout d’abord la pandémie COVID-19 venue de Wuhan et l’actuelle crise immobilière qui sévit dans le pays.

 

Les tensions politiques actuelles entre la Chine et les Etats-Unis s’expliquent en grande partie par le fait que les objectifs stratégiques de la Chine ne conviennent absolument pas aux Etats-Unis ,qui ont un déficit commercial abyssal (près de 300 milliards de $/an, au pic) avec la RPC en plus d’un malentendu autour de Taiwan.

 

En février 1972, lors de la visite du Président Richard Nixon en Chine et de sa rencontre avec le Président Mao Zedong à Pékin mais surtout après de très longues discussions avec le premier Ministre Zhou EnLai les deux parties publient un communiqué commun dit « Communiqué de Shanghai » qui stipule que :

 

« The document pledged that the United States "acknowledges that all Chinese on either side of the Taiwan Strait maintain there is but one China and that Taiwan is a part of China" and that the United States Government does not challenge that position. It also reaffirms its interest to a peaceful settlement of the Taiwan question by the Chinese people from both the mainland and Taiwanese island. And that it was in the interest of all nations for the United States and China to work towards the normalization of their relations, and affirmed a mutual interest in détente.[4] »

 

 

Les tensions politiques ont commencé à émerger lors de la Présidence de Barack Obama lorsque cette affirmation claire et forte a été remise en cause parce que Taiwan, qui n’est pas reconnue auprès de l’ONU, était devenue une plateforme industrielle considérable pour les entreprises américaines, notamment parce qu’elle était devenue le plus grand fabricant mondial de composants électroniques et que la RPC commençait à très fortement challenger cette hégémonie. La tension a encore augmenté d’un cran sous la Présidence de Donald Trump avec son slogan “America First” et sa volonté de réduire très fortement le déficit de la balance commerciale Chine-USA. Ces tensions ne détournent néanmoins pas le consommateur américain des produits chinois et encore moins l’industrie américaine qui a besoin des produits finis chinois et voit d’un mauvais œil les tarifs douaniers augmenter. Au premier semestre 2022, la balance commerciale américaine en biens chinois s’est élévé à 200 milliards de dollars selon les chiffres du Census Bureau. Le déficit s’est creusé de 27% par rapport aux six premiers mois de 2021, alors que les exportations américaines sont restées stables à 71,7 milliards tandis que les importations ont bondi de 19% atteignant 271,8 milliards

Malgré des données économiques indiscutables et avérées par des institutions américaines, et un « Communiqué de Shanghai » archi-connu les médias américains et souvent occidentaux sont devenus très peu objectifs sur le contexte actuel et apportent une lecture biasée des faits que je rapporte ici :

  • Les Etats-Unis n’acceptent pas de ne pas rester la première puissance mondiale. Et il est d’ores et déjà certain que le XXIème siècle sera asiatique avec le développement considérable du Japon, de la Corée du Sud, de Singapour, de la Chine et de l’Inde (la cinquième économie mondiale avec une croissnce supérieure de 2% à celle de la Chine sur les cinq dernières années).
  • Le PIB de la Chine (18 460 milliards en 2021) rattrape progressivement celui des Etats-Unis (22 675 milliards en 2021) même si ce n’est absolument pas vrai lorsqu’il est rapporté au PIB/personne : 12 550 $ pour la Chine contre 63 500 $ pour les Etats-Unis.
  • La Chine va certainement devenir la première puissance économique avant 2049, même si elle ne le sera probablement pas ni au niveau politique, ni au niveau militaire mais cela n’est pas un enjeu pour elle. Les autorités chinoises ont toujours affirmé qu’elles voulaient redevenir une première puissance mais que contrairement aux Etats-Unis elle ne songeait absolument pas imposer son idéologie politique aux autres pays de sa sphère d’influence. Le régime actuel convient parfaitement au développement de la Chine, un régime démocratique vacillant ne lui conviendrait absolument pas.
  • Le Renminbi est devenu une monaie d’échange reconnue. Les échanges monétaires en Rennimbis ont dépassé ceux faits en Yen japonais au début de 2022.
  • La RPC attendra d’être dans une position de force économique, politique et militaire pour négocier le retour de Taiwan au sein de la Chine. Négocier en position de force pour ne pas avoir à faire la guerre.
  • Nancy Pelosi, Présidente de la Chambre des Représentants des Etats-Unis a parfaitement le droit de se rendre à Taiwan, mais elle ne peut pas, lors de ses déclarations, ignorer le contenu du « Communiqué de Shanghai » de 1972.
  • Lorsque les Etats-Unis élaborent une nouvelle alliance militaire avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et le Royaume-Unis (l’accord pour des sous-marins français non respecté par les Australiens) la Chine considère que c’est le début de la formation d’un croissant d’enfermement maritime de son territoire qui pourrait devenir un pacte d’agression.
  • L’Ukraine n’est pas Taiwan et la Chine n’est pas la Russie. La Chine admet que la Russie a violé les frontières de l’Ukraine en prétextant qu’elle se sentait agressée par les forces de l’OTAN. La Chine est très soucieuse du respect des frontières reconnues, elle sait trop bien que si elle ne l’était pas, les régions du Tibet, du Xinjiang et même du Yunnan deviendraient revendicatives avec une demande de sécession.
  • La Chine se prépare mais ne craint pas un conflit dur avec les Etats-Unis, ni au niveau de sanctions économiques, ni au niveau militaire. Un confrère avec qui j’interagis depuis près de dix ans m’expliquait :

    • Primo l’Occident ne peut pas se passer des produits fabriqués en Chine sans subir une inflation et une stagnation (stagflation) politiquement inacceptable par ses populations. L’Occident mettrait plus de vingt ans pour rapatrier sur ses territoires les fabrications de produits essentiels à son économine.
    • Secundo, en cas de sanctions économiques de l’Occident (p. ex le G7) envers la Chine celle-ci a déjà préparé une alternative. Personne ne parle de riposte qui est évidemment bien gardée secrète.  Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) représentent déjà 25% du PIB mondial, contribuent à 50% de la croissance mondiale et fournissent un tiers de la nourriture mondiale. Les BRICS sont déjà un contrepoids important au G7 qui s’activent à « dédolariser » leur économie. La Chine en est le principal contributeur. L’Afrique devient progressivement le territoire de conquête de la Chine. « L’Afrique c’est la chèvre dans un combat entre des lions et des tigres » selon un diplomate africain. La Chine a étudié la faiblesse de la relation séculaire entre l’Occident et l’Afrique. Elle pratique une approche pragmatique et pas idéologique. Elle accepte tous les modèles politiques existants sur le territoire et cherche à gérer l’économique. L’Afrique est un pays de matières premières avec des infrastructures de transports catastrophiques. La Chine s’en occupe, elle construit des ports, des voies ferrées et des aéroports.
    • Tertio, les hommes d’affaires chinois sont le bras armé de la politique dirigiste du pays et sont capables d’aller chercher des nouveaux marchés dans le monde entier. Ils l’on fait par le passé au travers de comptoirs bien implantés dans l’hémisphère sud, ils savent le faire grâce à des études de marché méthodiques réalisés par les 525 instituts Confucius (dont 17 en France) implantés dans le monde qui sont très méconnus.  Ils sont très libres tant que… mais s’il le faut les autorités savent les mettre au pas : l’exemple de Jack Ma de chez Alibaba est édifiant.
    • Quatro, la Chine n’a pas peur, même si elle cherche à l’éviter, d’un conflit armé avec l’Occident autour de Taiwan. Elle a su confiner avec des contraintes extrêmes des centaines de millions de personnes durant la pandémie COVID et elle vient encore de contraindre Shanghai et ses environs (49 millions de personnes) à un confinement très strict pendant près de trois mois sans que la population ne se révolte. Les autorités chinoises sont convaincues que la population acceptera un conflit dur et même armé pour récupérer Taiwan au moment opportun.

 

Malgré les tensions géopolitiques la Chine continue son projet « Two Belts, one Road » ou « Routes de la soie » qui consiste à favoriser l’accès aux matières premières et à faciliter les échanges commerciaux avec ses partenaires, clients et fournisseurs selon un modèle d’investissements « contraints » que la majorité des pays n’ont compris que très tardivement.

 

Il y a un secteur dans lequel la Chine sait et admet qu’elle ne sera pas à la pointe dans les décennies à venir c’est celui de l’éducation et de la formation universitaire. Aucune des très grandes universités chinoises de Pékin ou de Shanghai ne sera en mesure de concurrencer ses rivales américaines : Harvard, MIT, Princeton, Yale, Columbia, U Penn, Stanford, Berkeley, UCLA, Calltech etc…, qui sont non seulement des références de formation d’excellence mais aussi des marqueurs d’élites sociologiques et des creusets de contestations idélogiques et politiques. Ce sont les endroits où la très grande majorité des étudiants du monde entier, y compris les Chinois, souhaitent passer quelques semestres de leurs cursus universitaires.

 

 

 

Paris, le 1er septembre 2022.

 

 

 

 

 

 

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